
Le réseau de suivi de l’anguille européenne, historiquement concentré en aval du bassin, ne permettait qu’une connaissance partielle de la répartition de l’espèce sur l’ensemble du territoire Seine-Normandie. Pour combler cette lacune, une extension du dispositif a été engagée en Seine amont, avec pour objectif d’affiner l’estimation des différents stades de développement de l’anguille et de mieux comprendre sa dynamique de colonisation.
Contexte
L’Anguille européenne (Anguilla anguilla), l’un des sept grands migrateurs fréquentant le bassin de la Seine et une espèce emblématique de nos cours d’eau, est aujourd’hui confrontée à un déclin dramatique. Classée en « danger critique d’extinction » sur la Liste rouge mondiale de l’UICN, elle bénéficie d’un plan de gestion pour sa préservation. La chute de sa population, estimée à 90 % en quelques décennies, est principalement due au cloisonnement des cours d’eau, à la surpêche, à la pollution et aux changements climatiques, des facteurs particulièrement visibles sur le bassin de la Seine et les bassins côtiers normands.
Face à cette situation préoccupante, l’association migrateurs Seinormigr a lancé, en 2010, un réseau de suivi spécifique sur l’ensemble du bassin normand pour mieux comprendre la dynamique des populations d’anguilles et identifier les perturbations majeures à leur migration. Ce dispositif, baptisé « Monitoring anguille », comprenait en 2023 un ensemble de 120 stations de pêche scientifique, réparties sur 34 cours d’eau du territoire.
Grâce aux données recueillies lors des pêches scientifiques, plusieurs indices biologiques ont été calculés pour mieux évaluer l’état des populations d’anguilles et l’efficacité des actions mises en place. Parmi ces indices, on retrouve notamment.
En plus de ce réseau de suivi centré sur l’arc normand, les diverses données collectées par Seinormigr sur l’ensemble du bassin Seine Normandie ont mis en évidence une amélioration de la continuité écologique sur plus de 450 km de l’axe hydraulique Seine-Oise. De ce fait, la délimitation initiale du réseau, qui s’étendait jusqu’à 200 km des côtes normandes, a été jugée insuffisante pour répondre pleinement aux besoins écologiques de l’espèce.
L’association a donc initié une extension de ce réseau en amont de la Seine, afin de mieux comprendre la répartition des populations d’anguilles et l’abondance des différents stades de vie de l’espèce.
L’extension du réseau
Le réseau « Monitoring Anguille » a été étendu à 43 nouvelles stations de pêche scientifique, couvrant un périmètre allant du département des Yvelines jusqu’aux départements de l’Yonne, de l’Aube, de la Haute-Marne et de l’Aisne. 3 à 6 points d’échantillonnage ont été programmés par département.
La prospection du réseau nouvellement établi est assurée par le personnel technique des Fédérations de Pêche présentes sur le territoire. Après une année de concertation, Seinormigr a pris en charge la formation et l’équipement des Fédérations ainsi que des différentes structures impliquées dans le projet.
À ce jour, 11 Fédérations ont rejoint l’initiative.

© Seinormigr
Session de formation à une pêche scientifique

© Seinormigr
Jeune anguille capturée lors d’une campagne de prospection par pêche électrique
Résultats
En 2023, 27 stations de pêche scientifique, sur les 43 initialement prévues, ont été prospectées entre août et octobre, avec les résultats suivants :

© Seinormigr
Résultats des campagnes de pêche scientifique 2023 sur le réseau « Monitoring Anguille » du bassin Seine Amont (Seinormigr)
Bilan et perspectives
Résultant à la fois d’un besoin accru de connaissances biologiques de l’espèce et de l’implication des acteurs locaux sur la Seine amont, le taux de prospection du nouveau réseau a atteint 60 % en 2023. Les résultats obtenus ont confirmé la présence d’individus migrants sur l’axe Seine-Oise ainsi que la présence de l’espèce sur la majorité des stations échantillonnées.
En 2024, l’objectif était d’assurer le suivi de l’ensemble des 43 stations ciblées par le Monitoring Anguille. Ce projet s’accompagne également d’efforts particuliers de collecte et d’analyse de données issues des autres réseaux de pêches électriques de ces territoires, sur lesquelles les espèces amphihalines ne sont pas particulièrement ciblées, mais peuvent être observées, notamment l’anguille.