Nom commun : Truite fario

Nom scientifique : Salmo trutta fario (Linnaeus, 1758)

Autres noms : truite commune, truite de rivière

Famille : Salmonidés

Description

La Truite fario se distingue des autres espèces de poissons par sa faculté à s’adapter à une grande diversité de milieux, entraînant de ce fait un fort degré de polymorphisme touchant sa coloration et ses dimensions à l’âge adulte. Cette faculté a conduit dans le passé à l’identification d’environ 50 espèces européennes, comprenant des formes écologiques (truite de rivière, truite de mer, truite lacustre), mais également des formes régionales.

L’existence d’une seule espèce est le plus souvent retenue en France, même si une récente publication en décrit trois (Kottelat et Freyhof, 2007).

La Truite fario présente un corps élancé. Sa tête est forte et large, avec un museau gros, obtus et plus ou moins arrondi. Sa large bouche est fendue avec une mâchoire supérieure plus avancée que l’inférieure. La tête et le corps du vomer sont pourvus de nombreuses dents persistantes. La nageoire caudale est grande et faiblement fourchue.

En rivière, la robe de la Truite fario est généralement brune : un dos foncé à vert clair, des flancs nacrés à jaunâtre ainsi que les opercules et la nageoire dorsale couverts de points noirs et de taches rouges très variables.

Néanmoins, sa coloration varie selon les cours d’eau, voire même les habitats naturels d’un même cours d’eau :

  • la Truite atlantique : robe plus claire avec peu de taches noires et rouges
  • la Truite basque : très larges taches noires ou brunes et peu ou pas de taches rouges
  • la Truite méditerranéenne : multitude de petites taches noires, notamment sur l’opercule
  • la Truite corse : grosses taches peu nombreuses, souvent rouge vermillon, parfois en rosette, sur fond gris

La forme marine, appelée Truite de mer (Salmo trutta trutta), adopte une robe argentée, ponctuée de taches noires sur les flancs. La truite lacustre, également argentée au stade adulte, se pare quant à elle de taches noires en forme d’étoile.

Lors de la reproduction, la couleur des trois formes écologiques s’intensifie et un bec se forme sur la mâchoire inférieure des mâles (appelés durant cette période « bécard »).

La Truite fario se distingue du Saumon atlantique (Salmo salar) par sa bouche plus grande, son pédoncule caudal plus large, sa nageoire caudale moins échancrée, ses nageoires pectorales moins larges et ses écailles plus petites.

En France, la Truite de rivière peut atteindre 80 cm de longueur pour un poids de 7,5 kg. La forme marine peut mesurer jusqu’à 1 m pour un poids de 10 kg, tandis que la forme lacustre peut mesurer jusqu’à 1,10 m pour un poids de 15 kg.

© FNPF/Laurent Madelon

© FNPF/Laurent Madelon

Habitat et répartition

Une espèce des eaux vives, fraîches et oxygénées

La Truite fario fréquente surtout les milieux aquatiques à eaux claires, fraîches (entre 0 et 20 °C) et bien oxygénées (> 6 mg/l), avec un courant modéré à rapide. Elle affectionne ainsi l’amont des grands fleuves, leurs affluents, les petites cours d’eau côtiers ainsi que les lacs de montagnes. Elle apprécie les fonds très aérés, rocheux ou graveleux, et évite les substrats vaseux, à faible teneur en oxygène dissous.

L’habitat des truitelles (jeunes truites) correspond à des milieux peu profonds, à vitesse de courant modéré et à granulométrie moyenne. En grandissant, les juvéniles occupent des profondeurs d’eau plus élevées et les adultes côtoient des milieux profonds et ombragés, à courant lent.

La diversité des habitats naturels est un facteur important du biotope de l’espèce en raison d’une colonisation différente de l’espace en fonction de son activité : la Truite fario s’alimente par dérive dans les eaux courantes et se repose dans des zones plus lentes et plus profondes.

Où la rencontrer ?

📍 Europe, Asie (espèce autochtone)

En France, la Truite fario est présente dans la majorité des têtes de bassins versants : Bretagne, Normandie, Massif central, Vosges, Jura, Alpes, Pyrénées…

La Truite de mer (façade atlantique, Manche) et la Truite fario sont les formes écologiques les plus répandues.

Les truites méditerranéennes sont quant à elles strictement sédentaires.

Truite fario, truite de mer : la même espèce, deux modes de vie

La Truite autochtone peut s’exprimer sous deux formes écologiques au sein d’une même espèce :

  • la Truite fario, strictement inféodée aux cours d’eau, qui effectue toute sa vie en eau douce
  • la Truite de mer, qui alterne entre rivière (reproduction, phase juvénile) et milieu marin (croissance adulte)

Ces deux formes appartiennent à la même espèce : Salmo trutta.

Selon les conditions du milieu (qualité de l’eau, ressources alimentaires, accès à la mer), certaines truites « choisissent » de rester en rivière tandis que d’autres partent vers l’océan. Un même œuf peut donner l’une ou l’autre forme : ce phénomène est appelé plasticité phénotypique.

Reproduction

En France, la Truite fario se reproduit de novembre à fin février, sur des fonds graveleux à courant vif typiques de la partie haute des bassins.

Les ovules (2 000 ovules/kg) sont déposés dans une cuvette creusée dans le substrat par la femelle. Après fécondation et une période d’incubation de 40 à 60 jours, les œufs éclosent et les larves demeurent disséminées dans le substrat, se nourrissant via leur vésicule vitelline.

Au printemps, les larves se dispersent surtout vers l’aval du cours d’eau, lors de mouvements migratoires nocturnes et entament leur croissance dans la rivière. Les juvéniles adoptent alors un comportement territorial assez marqué, chaque individu défendant un petit « territoire » sur le fond de la rivière, marqué par une pierre ou une cache. Cette stratégie individualiste perdure durant toute la vie de la truite.

En grandissant, les juvéniles effectuent des déplacements plus ou moins importants vers l’aval du cours d’eau, en ciblant des zones adaptées à leur taille et à leurs besoins.

Durant cette phase, la forme écologique de chaque individu commence à émerger :

  • la Truite de rivière, résidant dans le cours d’eau durant la totalité de son cycle de vie
  • le juvénile de la Truite de mer, qui adopte des mécanismes d’adaptation à l’eau salée (smoltification), change sa morphologie et sa physiologie (robe argentée), son comportement (migrations vers la mer) et qui jouit d’un instinct, certes moins prononcé que le Saumon atlantique, de retour à la rivière natale
  • le juvénile de la Truite de lac, qui reste 1 à 3 ans dans les affluents avant de rejoindre les lacs pour achever sa croissance. Lors de la reproduction, cette forme migre de nouveau vers le cours d’eau qui l’a vu grandir.

Alimentation

La Truite fario est un poisson strictement carnivore. Son régime alimentaire est varié : insectes aquatiques et terrestres, crustacés, mollusques, petits batraciens, poissons.

Elle chasse à l’affût et sélectionne ses proies en fonction de leur disponibilité, mais également selon des critères olfactifs, visuels et gustatifs.

Son activité est régulée par les variations de la température et de la lumière.

En rivière comme en milieu lacustre, les truites deviennent rapidement ichtyophages, et parfois même cannibales, se nourrissant d’alevins issus de la précédente reproduction. La forme marine consomme quant à elle des petits poissons et des gros crustacés, et pourraient continuer de se nourrir, contrairement au Saumon atlantique, lors de la période de reproduction.

La truite rencontre très peu de compétiteurs sur ses territoires de chasse, du moment que le milieu n’est pas dégradé.

Statut de conservation

La Truite fario figure dans la catégorie « préoccupation mineure » (LC) de la Liste rouge des poissons d’eau douce de France métropolitaine (UICN, juillet 2019).

Le saviez-vous ?

💡 La Truite fario peut modifier sa couleur et ses motifs pour se camoufler sur les fonds. Mais surtout, la disposition de ses points noirs, de ses gros ronds rouges cerclés de blanc et ses nuances de couleur sont uniques à chaque individu, au point que les scientifiques s’en servent pour identifier les poissons par photo-identification.

💡 Sa présence témoigne d’une bonne qualité de l’eau et des habitats naturels du milieu. Sa disparition locale est souvent le premier signal d’une dégradation d’un cours d’eau (réchauffement, pollution, colmatage des fonds).

Illustration © Victor Nowakowski

 

Préoccupation mineure
(UICN, juillet 2019)


Découvrez sa répartition sur notre carte !

CARTE


Truite de mer

Retour aux poissons

Umbre pygmée