Nom commun : gobie à tache noire
Nom scientifique : Neogobius melanostomus
Autres noms : gobie arrondi, gobie rond
Famille : Gobiidés
Description
Le gobie à tache noire présente deux nageoires dorsales, dont une plus petite qui porte une tache, ce qui a donné le nom à l’espèce. Les yeux sont globuleux et très développés. La couleur de la robe varie du brun rouge au gris foncé, marbrée de taches sombres. Ses nageoires pelviennes sont soudées en ventouse, particularité lui permettant de se fixer au substrat.
La taille du gobie à tache noire varie de 8 à 12 cm (maximum 25 cm pour les mâles et maximum 19 cm pour les femelles).

© Yannick Ledoré – FFAL

© Yannick Ledoré – FFAL
Habitat et répartition
Un poisson de fond très adaptable
Le gobie à tache noire est un poisson euryhalin : il peut vivre en eau douce et en eau salée. Il fréquente les eaux côtières, les estuaires, les lagunes saumâtres et d’eau douce, les lacs et les rivières. Il affectionne les températures proches de 26°C, mais sa forte tolérance lui permet de vivre à des températures comprises entre -1 et 30 °C.
Il vit posé sur les substrats rocheux ou riches en végétation et ne se déplace que très rarement, n’étant pas très bon nageur. Il préfère se fixer au fond au moyen de la ventouse issue de la fusion de ses deux nageoires pelviennes.
Où le rencontrer ?
📍 Europe, Asie et Amérique du Nord (espèce introduite en France)
Le gobie à tache noire est originaire de la région Ponto-Caspienne : mer d’Azov, mer Caspienne et nord-ouest de la mer Noire.
Il s’est répandu dans une grande partie de l’Europe en remontant les grands fleuves et canaux d’Europe du nord et de l’est. Sa colonisation a également été favorisée par le transport maritime (transport accidentel dans l’eau des ballasts des bateaux).
En France, il colonise le Rhin, la Moselle et le Rhône, et a récemment atteint le bassin de la Seine ainsi que son estuaire.
Reproduction
Le gobie à tache noire atteint la maturité sexuelle vers 3-4 ans pour les mâles et 2-3 ans pour les femelles.
Au printemps, généralement en avril, les mâles rejoignent les eaux profondes pour se reproduire. Ils construisent un nid solide de forme ronde à partir d’un substrat grossier composé de pierres, de racines et de morceaux de bois. Leur corps adopte une livrée nuptiale entièrement noire, avec une nageoire caudale bordée de blanc ou de blanc-bleu. Ils incitent ensuite une ou plusieurs femelles à venir pondre leurs œufs. Pour cela, ils utilisent de nombreux signaux : changements de posture, émissions de sons d’intensités et de fréquences variables (inférieure à 800 Hz) et diffusion de phéromones.
Les femelles pondent ensuite leurs ovules dans le nid, qui adhèrent sous ou entre les pierres et les plantes aquatiques. Le nombre d’ovules expulsés est proportionnel à la taille de la femelle. Celle-ci est également capable de pondre à plusieurs reprises (tous les 18-20 jours et jusqu’à 6 fois par an), aboutissant à une production pouvant varier de 300 à 5 000 œufs sur la saison de reproduction.
Après la ponte, le mâle veille sur sa progéniture jusqu’à leur éclosion 2-3 semaines plus tard. Il protège ensuite les larves et les juvéniles.
Le frai se poursuit jusqu’en automne, généralement en septembre. Peu après, la plupart des mâles reproducteurs meurent.
Alimentation
Le gobie à tache noire est un poisson de fond qui se nourrit d’invertébrés benthiques (mollusques, crustacés, larves, vers) ainsi que d’œufs et de petits poissons, ce qui, dans ces deux cas de figure, en fait un concurrent redoutable pour la faune locale.
En eau douce, il affectionne notamment les moules zébrées. Il s’agit d’un poisson aujourd’hui reconnu pour sa voracité : des études ont notamment montré qu’il pouvait manger jusqu’à 70 moules zébrées par jour.
Sa ligne latérale bien développée lui permet de détecter plus facilement les mouvements de l’eau et de se nourrir en eaux troubles.
Statut de conservation
En tant qu’espèce introduite, le gobie à tache noire figure dans la catégorie « non applicable » (NA) de la Liste rouge des poissons d’eau douce de France métropolitaine (UICN, juillet 2019).
Le saviez-vous ?
💡 Pour séduire les femelles, le mâle émet des sons graves, sortes de grognements. Les femelles choisissent leur partenaire d’après ces signaux sonores.
💡 Un passager clandestin. Le gobie voyage en se fixant sur les coques des navires ou en étant aspiré dans leurs eaux de ballast, ce qui lui permet d’atteindre des bassins isolés, comme l’estuaire de la Seine.
💡 Une menace pour la faune locale. En dévorant œufs et alevins et en concurrençant les poissons de fond indigènes, le gobie perturbe les écosystèmes. Le réchauffement des eaux, dont l’optimum se situe vers 26 °C, favorise encore son expansion.
Illustration © Peter van der Sluijs
