
Contexte du projet
Situé sur un parcours de pêche géré par l’AAPPMA de Camon, le « marais des Bœufs », également appelé marais d’Hecquet, est un plan d’eau classé en deuxième catégorie piscicole. D’une superficie de plus de 17 hectares, il accueille une grande diversité d’espèces piscicoles (poissons blancs, carpes, brochets, anguilles, carassins, etc.) et est connecté avec le fleuve Somme par son extrémité nord-est.
En 2021, l’AAPPMA a alerté la Fédération de la Somme pour la Pêche et la Protection du Milieu Aquatique face à une dégradation progressive des berges, avec une situation particulièrement préoccupante sur la berge sud.
Afin de mieux comprendre l’ampleur et les causes de ce phénomène, la Fédération a engagé un état des lieux des berges. Une journée de prospection de terrain a été organisée en lien étroit avec l’AAPPMA, permettant d’identifier les secteurs les plus touchés et de caractériser les mécanismes d’érosion à l’œuvre.
Cette étude préliminaire a permis de mettre en évidence une érosion progressive des berges, liée à plusieurs facteurs combinés :
- Un batillage important, généré par les vents dominants du nord
- La présence d’un sol tourbeux, naturellement peu résistant à l’érosion
- L’absence d’interventions précoces lors de l’apparition des premiers signes de dégradation
Sur certains secteurs du site, des anses d’érosion de plus d’un mètre de largeur ont été observées entre le pied de berge actuel et les rares pieds de carex, qui matérialisaient auparavant le trait de berge initial.
De plus, l’affaissement progressif des berges a entraîné une réduction significative du cheminement piétonnier autour du plan d’eau, soulevant des enjeux importants en matière de sécurité des usagers.
Objectifs du projet
Afin de lutter contre l’érosion progressive, la Fédération de pêche de la Somme a engagé un projet de restauration des habitats piscicoles de berge (fraie, alimentation, caches, etc.) et de restauration des connexions latérales pour la faune locale.
Ce projet permettra également de sécuriser le cheminement existant le long du plan d’eau.
Déroulement des travaux
À la suite de relevés de terrain complémentaires, réalisés notamment pour estimer le coût des travaux et évaluer leur compatibilité avec les contraintes du site (accessibilité, mise en œuvre), il a été décidé de revégétaliser les berges et de les reprofiler en pente douce.
Le choix s’est porté sur le renforcement des berges par une technique de restauration issue du génie végétal : la mise en place de fascines de saules immergées, associée à des plantations d’hélophytes.
Cette technique a été mise en œuvre sur l’ensemble du linéaire impacté.
Elle présente de nombreux avantages :
- Renforcement des berges
- Création d’une pente douce, facilitant les échanges latéraux et la circulation de la faune
- Restauration et création d’habitats naturels adaptés à la faune piscicole (hélophytes)
- Stabilisation des berges et sécurisation des chemins piétonniers
- Amélioration de la qualité paysagère du site
Au total, 150 mètres linéaires de berges ont été restaurés autour du plan d’eau. Sur l’ensemble du linéaire, les plantes hélophytes ont été implantées en pied de berge, à raison de 4 plants par mètre linéaire, soit 250 plants au total.
Les travaux se sont déroulés de septembre à octobre 2024 et ont été organisés en deux phases.
Phase 1 : Accès à la zone du chantier depuis la parcelle voisine
Afin d’accéder à la portion de berge concernée par le projet, il a été nécessaire d’emprunter une parcelle voisine, appartenant à SNCF Mobilités, en raison de l’impossibilité pour les engins de chantier de franchir la passerelle existante.
Depuis cette parcelle voisine, l’accès au site ne pouvait se faire qu’en franchissant un fossé de plusieurs mètres de large. Un dispositif de franchissement temporaire a donc été installé pour permettre le passage des engins sans impacter le libre écoulement de l’eau dans le fossé.
Une fois cet accès aménagé, les premières opérations d’élagage et d’abattage d’arbres ont pu débuter.
Phase 2 : Restauration des berges et sécurisation du site
1. Entretien de la ripisylve
Une journée a été nécessaire pour abattre et élaguer les formations arbustives susceptibles de nuire aux conditions d’accès et de sécurité du site.
La végétation ainsi abattue a été réutilisée en pied de berge pour stabiliser les futures fascines de saules, mais également d’offrir de nouveaux habitats naturels adaptés à la faune piscicole. Elle a ensuite été recouverte de craie, permettant remodeler la berge et de faciliter l’implantation des pieux de châtaignier, servant de base aux aménagements futurs.
2. Mise en place d’une double rangée de pieux de châtaignier sur 150 mètres linéaires
Cette double rangée de pieux était destinée à accueillir des fagots de saules (fascines de saules) afin de renforcer la berge face au batillage et de redessiner le tracé de la future berge.
3. Insertion des fagots de saules, remblai à l’arrière des fascines et mise en place d’un géotextile
Les fagots de saules ont été insérés dans la double rangée de pieux, puis solidement attachés à l’aide d’un câble d’acier galvanisé.
L’arrière des fascines a été reprofilé en pente douce (ratio de 3 pour 1) afin de garantir les échanges latéraux pour la faune locale (amphibiens, oiseaux d’eau, etc.).
Une toile en géotextile coco a ensuite été installée en retrait des pieux et fixée à l’aide d’agrafes afin de maintenir la craie et de favoriser le développement des futurs plants d’hélophytes.
4. Plantation d’hélophytes sur la berge
Au total, 600 plants d’hélophytes ont été implantés sur les 150 mètres linéaires de berges restaurés. Les espèces sélectionnées — des carex, des joncs, de l’iris ou du myosotis — assurent la stabilisation des berges, mais servent également de supports de vie pour de nombreuses espèces d’insectes, de poissons et d’oiseaux.
Résultats
L’intervention sur le site s’est achevée le 28 octobre 2024. Les photographies ci-dessous illustrent l’évolution des berges au fil du temps. Elles ont permis d’observer une amélioration progressive de leur état, marquée notamment par la reprise progressive d’une végétation herbacée, signe d’une dynamique de restauration en cours et d’une stabilisation progressive des berges.
Et ensuite ?
Plusieurs dispositifs de suivis ont été mis en œuvre afin d’évaluer l’efficacité de ses aménagements. Les agents de la Fédération de la Somme pour la Pêche et la Protection du Milieu Aquatique ont ainsi régulièrement visité le site afin de contrôler la bonne implantation de la végétation et le bon fonctionnement des nouveaux aménagements.
Conformément à l’arrêté préfectoral autorisant les travaux du 4 janvier 2023, un bureau d’étude a également été mandaté pour réaliser un inventaire des taxons concernés par ledit arrêté.
Deux campagnes de suivi sont prévues, l’une en 2027 et l’autre en 2029.
Les travaux ont été réalisés par l’entreprise Forêts et Paysages. Le montant total de l’action s’élève à 28 440 € TTC.
Le projet a été financé à 70 % par l’Agence de l’eau Artois-Picardie, à 15 % par la Région Hauts-de-France via un fond FEDER, et à 15 % par la Fédération Nationale de la Pêche en France.
































