
CONTEXTE
La Fédération de l’Oise pour la pêche et la protection du milieu aquatique conduit un programme d’action visant à rétablir le bon état écologique des cours d’eau sur l’ensemble du réseau hydrographique départemental. Ce programme, articulé en complémentarité avec les actions déjà engagées par les syndicats mixtes de rivières, cible prioritairement les lots fédéraux et les lots des AAPPMA. Il associe des opérations de restauration écologique des milieux aquatiques à des suivis piscicoles réguliers, destinés à évaluer l’évolution des populations et à mesurer l’impact des aménagements réalisés.
Dans ce cadre, la Mève, rivière classée en première catégorie piscicole dont l’espèce repère est la truite fario (Salmo trutta fario), a fait l’objet d’un diagnostic global sur plusieurs lots de pêche du département. Ce diagnostic a mis en évidence un mauvais état écologique de plusieurs tronçons du cours d’eau, justifiant notamment la conduite d’un état des lieux approfondi sur le site localisé près de la commune de Beaurains-lès-Noyon, en amont du pont de la D611, et près de la commune de Laberlière.
Ce secteur se distinguait par une diversité d’habitats naturels notable, principalement composée d’herbiers aquatiques, en partie maintenue par la présence d’anciens épis implantés sur les 50 premiers mètres en amont du pont. Fortement dégradés, ces aménagements ne remplissaient plus leur fonction hydraulique initiale. Plus en amont, le lit du cours d’eau pâtissait d’un élargissement excessif de 4,50 m, provoquant un ralentissement marqué des vitesses d’écoulement, un envasement prononcé du substrat et une homogénéisation des habitats naturels, préjudiciables au développement et à la reproduction de la faune piscicole.
Ces observations ont été corroborées par les inventaires piscicoles réalisés sur le secteur. Si la truite fario et ses espèces accompagnatrices ont ainsi été recensées sur la partie aval du site, les captures se sont révélées quasiment nulles en amont des anciens épis.
Face à ce constat, la Fédération de l’Oise pour la pêche et la protection du milieu aquatique a engagé en 2024 un projet visant à restaurer l’hydromorphologie du cours d’eau sur le site.
Site de Beaurains-lès-Noyon, avant les travaux


© FDAAPPMA 60
Site de Beaurains-lès-Noyon, le 30 septembre 2024
Sites de Laberlière, avant les travaux

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Site 1 de Laberlière, le 30 septembre 2024

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Site 3 de Laberlière, le 30 septembre 2024
OBJECTIFS
Redynamiser les faciès d’écoulement et diversifier les habitats aquatiques
Restaurer les fonctionnalités écologiques favorables à la truite fario et à ses espèces accompagnatrices
Créer des zones de cache et de refuge pour la faune piscicole
Réduire le colmatage du substrat et améliorer la qualité d’accueil des frayères salmonicoles
DESCRIPTIF DES TRAVAUX
Le projet de restauration visait à réduire la largeur du lit de 4,50 m à 3 m.
Sur la partie aval du secteur, les anciens épis ont servi d’appui aux nouveaux aménagements, dont ils constituent la base structurelle.
Sur la partie amont, une succession d’interventions alternées en berge droite et gauche, s’inspirant ainsi des aménagements réalisés en aval du pont, a été prévue afin de recréer une diversité de faciès d’écoulement propice au développement des populations salmonicoles.
La limite amont de l’intervention a été fixée au niveau d’un resserrement naturel du lit, matérialisé par un radier.
1. Retalutage des berges en pente douce avec double diamètre de blocs rocheux (250 ml)
Le premier aménagement reposait sur la technique du retalutage des berges en pente douce, associant un double diamètre de blocs rocheux à des apports de grave alluvionnaire et de terre végétale.
Les berges ont été reprofilées selon un indice de pente de 3 pour 1 (longueur/hauteur), de manière à reconstituer un profil en pente douce. Ce reprofilage permettait de favoriser la création d’une diversité d’habitats naturels liée au gradient d’hydromorphie du sol et aux variations du temps d’exondation du substrat, conditions propices au développement d’une végétation rivulaire diversifiée.
- Mise en place de blocs rocheux de calibre 40/80 mm disposés en arc de cercle, constituant le cordon de protection de berge
Dépôt de grave alluvionnaire roulée de calibre 10/40 mm en avant du cordon de blocs
Pose d’un géotextile coco de 740g/m² doublé en arrière des blocs, destiné à maintenir le substrat en place
Apport de terre végétale en arrière des blocs afin de former la berge en pente douce
Ensemencement d’un mélange de graines, puis repliement et ancrage du géotextile à l’aide d’agrafes en bois
2. Restauration de frayères salmonicoles (105 m²)
En complément du retalutage des berges, une opération de recharge granulométrique a été réalisée afin de reconstituer des frayères favorables à la reproduction salmonicole.
La recharge était composée de grave alluvionnaire roulée, dont la fraction granulométrique était comprise entre 10 et 80 mm. Elle a été mise en œuvre sous forme de taches d’une quinzaine de mètres carrés chacune (3 m de large sur 5 m de long), espacées de tronçons laissés en état naturel sur 20 mètres linéaires. Ces tronçons intermédiaires jouent un rôle de zones refuges et d’habitats pour la faune piscicole.
Au total, 7 secteurs de 15 m² ont été aménagés, représentant une surface totale de 105 m². L’épaisseur moyenne de recharge a été estimée à 30 cm, soit un volume d’environ 31,5 m³. Avant leur mise en place dans le lit du cours d’eau, les granulats ont été soigneusement lavés afin d’éliminer toute trace de particule fine susceptible de colmater le substrat.
Cette opération a été réalisée entre le 1er septembre et le 15 octobre 2024, période choisie afin d’éviter à la fois les épisodes de hautes eaux et les périodes de reproduction de l’ichtyofaune présente dans le cours d’eau.
Composition de la frayère :
5 % de sable filtrant [0-4 mm]
75 % de grave alluvionnaire [10-40 mm]
20 % de grave alluvionnaire [40-80 mm]
3. Diversification des habitats naturels (30 unités)
Une trentaine de blocs rocheux de grande taille [250-400 mm] ont été disposés dans le lit du cours d’eau afin de diversifier les faciès d’écoulement et de créer des zones de cache favorables à la faune piscicole.
L’emplacement précis de ces aménagements a été défini conjointement avec le maître d’ouvrage afin d’optimiser leur positionnement en fonction des conditions hydrologiques et morphologiques observées sur le terrain.
4. Remise en état du site via un ensemencement
Lors de la remise en état du site, un mélange de graines a été ensemencé sur l’intégralité de la zone impactée par le chantier (accès compris).

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Banquette végétale aménagée sur le site de Beaurains-lès-Noyon, le 15 octobre 2024

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Vue longitudinale du site de Beaurains-lès-Noyon, le 15 octobre 2024

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Site 1 de Laberlière, après retalutage le 2 juillet 2025

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Site 2 de Laberlière, après retalutage et pose du géotextile coco, le 24 mai 2025

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Grave alluvionnaire destinée aux sites visés par le projet de restauration, le 25 juin 2025

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Recharge granulométrique du site 3 de Laberlière, le 25 juin 2025
Important :
Les granulats ont été approvisionnés depuis la carrière la plus proche du site, et les remblais de terre étaient d’origine locale
L’ensemble des opérations a été réalisé depuis la berge, sans descente d’engins dans le cours d’eau
Les travaux ont été programmés en dehors des périodes de reproduction des espèces piscicoles présentes sur le site, afin de limiter les perturbations sur leurs cycles naturels respectifs
Une légère remise en suspension de particules fines était attendue au cours des travaux, mais son impact sur le milieu aquatique demeurait négligeable. Un filtre à MES avait été installé durant le chantier à l’aval.
Résultats
1. Site près de la commune de Beaurains-lès-Noyon (150 ml)
Les travaux se sont déroulés de septembre à octobre 2024 sur un site.

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État du site le 21 janvier 2025

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État du site le 17 décembre 2025

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État du site le 28 avril 2026
2. Sites près de la commune de Laberlière (100 ml)
Les travaux se sont déroulés de juin à juillet 2025 sur trois sites.


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État du site le 2 juillet 2025 et le 28 avril 2026


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État du site 2 de Laberlière, le 2 juillet 2025 et le 28 avril 2026


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État du site 3 de Laberlière, le 2 juillet 2025 et le 28 avril 2026
Suivi post-travaux
Afin de garantir la pérennité des aménagements réalisés, un suivi régulier a été conduit par la Fédération de pêche de l’Oise. Les paramètres surveillés portaient principalement sur :
➤ l’état de sédimentation du lit mineur
➤ la mobilisation du substrat
➤ la fonctionnalité des habitats reconstitués
Un suivi spécifique des nids de ponte a été réalisé entre décembre et février, intégrant la zone aval du pont restaurée antérieurement.
Des pêches électriques à T+1, T+3 et T+5 ans ont été programmées afin d’évaluer l’évolution des populations piscicoles et de mesurer l’impact des aménagements sur la structure des peuplements.
Le montant total des travaux s’est élevé à :
30 546,60 € pour les travaux sur le site de Beaurains-lès-Noyon
35 157,92 € pour les travaux sur les trois sites de Laberlière
Le projet a été financé de la façon suivante :
– Site de Beaurains-lès-Noyon
22 422,84 € (73,41 %) par l’Agence de l’eau Artois-Picardie
6 398,88 € (20,95 %) par la Région Hauts-de-France
1 022,68 € (3,35 %) par la Fédération nationale de la pêche en France
702,20 € (2,30 %) par la Fédération de l’Oise pour la pêche et la protection du milieu aquatique
– Sites de Laberlière
- 26 447, 64 € (75,23 %) par l’Agence de l’eau Artois-Picardie
- 7 272,88 € (20,69 %) par la Région Hauts-de-France
- 862,44 € (2,45 %) par la Fédération nationale de la pêche en France
- 574,96 € (1,64 %) par la Fédération de l’Oise pour la pêche et la protection du milieu aquatique
Les travaux ont été réalisés par l’entreprise « Forêts et Paysages ».



