Nom commun : anguille européenne

Nom scientifique : Anguilla anguilla (Linnaeus, 1758)

Autres noms : anguille d’Europe, grande anguille

Famille : Anguillidés

Description

L’anguille européenne est un poisson au corps cylindrique dans sa partie antérieure et aplati latéralement au niveau de sa nageoire caudale. Sa peau, lisse, est recouverte de fines écailles, non recouvrantes et profondément incrustées, et d’un épais mucus. Ses nageoires anale, caudale et dorsale sont fusionnées, s’étendant de l’anus jusqu’au milieu du dos (500 rayons mous minimum). Elle ne possède pas de nageoires pelviennes et ses nageoires pectorales (14 à 18 rayons) sont situées en arrière des branchies. 110 à 120 vertèbres ornent son long corps serpentiforme. La taille de l’anguille européenne est variable et diffère selon le sexe. Lors de la dévalaison, les mâles adultes mesurent de 20 à 45 cm tandis que les femelles mesurent de 35 cm à plus d’un mètre.

L’anguille européenne subit plusieurs métamorphoses au cours de son cycle de vie :

  • Stade « larve leptocéphale » (5 à 90 mm) : larve en forme de saule
  • Stade « civelle » (55 à 90 mm) : corps transparent perdant environ 1/8 de sa longueur
  • Stade « anguille jaune » : pigmentation du corps en quelques semaines, ventre jaune, dos vert à brun olive, petits yeux, ligne latérale peu visible
  • Stade « anguille argentée » : peau plus épaisse, ventre blanc, dos sombre, volume oculaire quadruple, ligne latérale bien visible

 

© SEINORMIGR

Habitat et répartition

Un migrateur amphihalin thalassotoque

L’anguille européenne est un poisson migrateur amphihalin thalassotoque : elle se reproduit en mer et poursuit sa croissance en eau douce. Eurytherme (supportant de grandes variations de température) et euryhaline (supportant de grandes variations de salinité), elle colonise un grand nombre de milieux aquatiques continentaux accessibles : rivières, fleuves, étangs, lacs, zones humides, estuaires et zones côtières.

Elle affectionne notamment les fonds vaseux et végétalisés, où elle se cache le jour et s’active la nuit pour se nourrir. Dans les parties aval des bassins versants, l’anguille européenne représentait, jusque dans les années 80, souvent plus de 50 % des biomasses piscicoles.

© Laurent Madelon

© Benjamin Guichard – OFB

Où la rencontrer ?

📍 Europe et Afrique du Nord (espèce autochtone)

L’espèce est présente du Sud du Maroc jusqu’en Islande, ainsi que dans tous les hydrosystèmes communiquant de près ou de loin avec l’océan Atlantique, la mer Noire et la mer Méditerranée.

En France, l’anguille européenne est présente sur la quasi-totalité des bassins versants. À l’échelle du bassin Seine-Normandie, l’espèce colonise l’ensemble des fleuves, mais la migration d’individus ne dépassant pas 30 cm décroît rapidement au fil des obstacles rencontrés. Sur les têtes de bassin et en amont des ouvrages les plus infranchissables, on ne retrouve ainsi que les grosses femelles les plus âgées.

Reproduction

Contrairement au saumon, à la truite de mer ou aux aloses qui remontent les fleuves pour frayer, l’anguille européenne vit en eau douce et migre vers la mer pour se reproduire. Aucun site de ponte n’a été précisément identifié jusqu’à ce jour, aucun œuf ni acte de reproduction de l’espèce n’ayant été observé dans le milieu naturel. Les modalités de la maturation sexuelle en mer restent également mal connues.

Les larves les plus petites (5 mm) ont cependant été observées dans la mer des Sargasses, au large des côtes américaines. Chaque femelle pondrait environ 0,8 à 1,3 million d’ovules à au moins 400 m de profondeur. Il semble probable que les femelles meurent juste après la reproduction. Après éclosion, les larves leptocéphales entament leur long voyage à travers l’océan, pendant une durée encore aujourd’hui débattue, comprise entre 10 mois et 3 ans, et à des profondeurs oscillant entre 25 m la nuit et 300 m le jour.

Elles rejoignent ensuite les côtes européennes, portées par les courants du Gulf Stream. Leur taille varie alors de 75 à 85 mm. Elles cessent alors de s’alimenter et se transforment en civelles avant de rejoindre les estuaires du continent européen. La pigmentation des civelles s’effectue en quelques semaines, la reprise de l’alimentation intervenant juste avant la fin du processus. La migration est passive au départ, les civelles utilisant pendant plusieurs semaines les courants de marée montante pour progresser vers les limites de marée dynamique des estuaires. D’ailleurs, certains individus se sédentarisent au cours de cette période de leur cycle de vie, remettant en cause le caractère systématique de la reproduction en eau douce.

La migration des civelles vers les bassins versants dure plusieurs mois. Après quelques années passées en eau douce, qui leur a permis d’arborer une robe jaune, les anguilles adoptent un comportement sédentaire. Le lieu de sédentarité final dépend notamment du statut énergétique de l’individu mais également des comportements territoriaux d’évitement des zones à forte densité et donc à forte compétition. La vitesse de croissance des anguilles dépend fortement des conditions du milieu (température, ressources alimentaires, qualité de l’eau, etc.) et des caractéristiques de l’individu (sexe, potentiel de croissance, etc.). On observe par exemple une très forte variabilité d’âges parmi les anguilles argentées dévalant vers la mer : 3 à 9 ans pour les mâles (20 à 45 cm, 20 à 150 g) et 5 à 18 ans chez les femelles, voire une trentaine d’années dans les milieux très pauvres en éléments nutritifs (35 à 100 cm, 60 à 2 100 g). Une fois arrivées à maturité sexuelle (anguille argentée), les anguilles entament leur voyage de retour en mer, qui dure vraisemblablement entre 4 et 6 mois, à des profondeurs avoisinant les 60 m la nuit et 200 à 900 m le jour (télémétrie réalisée en 2008).

© SEINORMIGR

© V. Prié – Association Caracol

Alimentation

L’anguille européenne est un carnassier opportuniste : la taille et la nature de ses proies sont choisies en fonction de son gabarit et des ressources trophiques présentes dans son environnement.

Les jeunes anguilles fouillent le fond des rivières pour se nourrir de vers, de larves d’insectes et de petits crustacés. Un régime alimentaire strictement piscivore est souvent observé lorsque les individus mesurent entre 30 et 35 cm. Les anguilles plus âgées consomment quant à elles des mollusques, des poissons, des écrevisses et parfois des amphibiens.

Lorsqu’elle devient « argentée » et part migrer vers la mer des Sargasses, l’anguille arrête totalement de se nourrir.

Statut de conservation

Autrefois très abondante, l’anguille européenne figure aujourd’hui dans la catégorie « en danger critique d’extinction » (CR) de la Liste rouge des poissons d’eau douce de France métropolitaine (UICN, juillet 2019).

Le saviez-vous ?

💡 L’anguille européenne peut parcourir plus de 6 000 kilomètres lors de sa migration vers la mer des Sargasses. Un exploit d’autant plus stupéfiant que ce voyage se fait en une seule fois, à la fin de sa vie.

💡 Malgré des siècles de recherche, personne n’a jamais observé une anguille européenne en train de se reproduire dans la nature. Son parcours migratoire complet, son comportement de frai en profondeur dans la mer des Sargasses, restent encore aujourd’hui l’un des plus grands mystères de la biologie marine.

Illustration © Victor Nowakowski

 

En danger critique d’extinction
(UICN, juillet 2019)

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