
Affluent de la Seulles et principal cours d’eau salmonicole du bassin caennais, la Mue voit ses fonctionnalités écologiques impactées par la présence de nombreux ouvrages hydrauliques hérités du lointain passé meunier de la région. Sur la commune de Fontaine-Henry, le seuil du moulin des Moulineaux constituait notamment, avec sa passe à poissons devenue non conforme, un obstacle difficilement franchissable pour les poissons migrateurs. Face à cette situation, la Fédération du Calvados pour la Pêche et la Protection du Milieu Aquatique a porté en 2025 un projet de restauration de la continuité écologique sur ce site, en aménageant une succession de petites chutes adaptées au cycle de vie des espèces emblématiques locales.
Contexte
La Mue prend sa source sur la commune de Cheux et rejoint la Seulles en rive droite, sur la commune de Reviers. Longue d’environ 22 km pour un bassin versant de 97 km², elle dispose d’un fonctionnement hydrologique relativement stable sur l’année, étant alimentée par la nappe calcaire de l’ouest du bassin caennais. Cette alimentation constante se révèle ainsi un atout précieux pour la survie des espèces piscicoles en période d’étiage.
Comme de nombreux cours d’eau normands, la Mue a été historiquement déplacée et recalibrée pour exploiter la force hydraulique. De nombreux ouvrages hydrauliques ont ainsi été aménagés le long du cours d’eau, devenant des obstacles à la libre circulation des poissons ainsi que des sédiments.
En raison de la présence d’espèces migratrices — l’Anguille européenne (Anguilla anguilla), la Truite fario (Salmo trutta fario) et la Truite de mer (Salmo trutta trutta) — la Mue est classée en listes 1 et 2 au titre de l’article L. 214-17 du Code de l’environnement, ce qui impose aux propriétaires d’ouvrages de garantir la continuité écologique. Le cours d’eau est par ailleurs identifié en zone d’action prioritaire pour l’anguille (ZAP Anguille).

© Philippe Chevrel
Truite de mer repérée sur la Mue

© Philippe Chevrel
Anguille européenne repérée sur la Mue

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Truite fario repérée sur la Mue
Sur le site des Moulineaux, le diagnostic de franchissabilité piscicole de l’ouvrage, mené selon le protocole national ICE de l’Office français de la biodiversité, a révélé une situation critique :

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Aval du seuil de dérivation, avant travaux

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Amont du seuil de dérivation, avant travaux

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Vue du seuil des Moulineaux, avant travaux

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Passe à poissons sous-alimentée, en période de moyennes eaux
Face à cette situation, la Fédération du Calvados pour la Pêche et la Protection du Milieu Aquatique (FDAAPPMA 14) a porté un projet de restauration de la continuité écologique sur ce site, sous la forme d’un aménagement de l’ouvrage hydraulique existant.
Localisation
Le seuil du moulin des Moulineaux (référencé ROE16042) est situé au hameau des Moulineaux, sur la commune de Fontaine-Henry, dans le Calvados. L’ouvrage se trouve à environ 2,4 km en amont du vannage communal de Reviers et 3 km de la confluence avec la Seulles, soit 9,3 km de la mer Manche.
Sur le plan historique et réglementaire, le moulin des Moulineaux figure sur les cartes de Cassini et disposait d’un droit d’eau fondé en titre, antérieur à 1789. La force hydraulique n’était cependant plus exploitée depuis un certain temps : l’eau s’écoulait librement par surverse au niveau du seuil et, dans une moindre mesure, par la passe à poissons.

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Localisation du site

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Photo aérienne du site des Moulineaux
Objectifs
Le projet porté par la FDAAPPMA 14 visait à restaurer de façon optimale la continuité écologique au droit du site des Moulineaux, en tenant compte des capacités de franchissement de l’ensemble des espèces cibles, notamment de l’Anguille européenne.
Les objectifs étaient les suivants :
Après une période de préparation de 4 semaines, les travaux ont débuté le 9 juin 2025 et se sont achevés le 31 juillet 2025, soit une durée d’environ 8 semaines.
Actions réalisées
Pour répondre à ces objectifs, le projet a consisté à décomposer la hauteur de chute totale du seuil en plusieurs petites chutes successives, plutôt que de chercher à araser l’ouvrage. Cette dernière solution a en effet été écartée en raison notamment des risques de déstabilisation du bâti à proximité.
Les travaux ont été réalisés hors période de reproduction des espèces (entre juin et mi-octobre, en privilégiant le mois de septembre pour limiter les impacts sur les salmonidés en cours de migration).
I. Mise hors d’eau du tronçon
La mise hors d’eau du tronçon a constitué l’étape la plus délicate du chantier.
Avant la vidange du tronçon, une pêche électrique de sauvetage a été menée afin de préserver la faune piscicole locale.
Le milieu étant fortement artificialisé, aucun bras de contournement n’était envisageable. Il a donc fallu isoler le lit mineur au moyen d’un batardeau, composé d’une plaque métallique munie de deux vannes pour réguler le débit et d’une sortie raccordée à une buse annelée de 600 mm.
Ce dispositif s’est néanmoins révélé insuffisant. Un affouillement s’est formé sous le batardeau, et la mise en charge a provoqué des débordements en amont. Ceux-ci s’expliquent par un débit supérieur à la moyenne de saison et par le déplacement du lit du cours d’eau hors de son tracé d’origine. Afin d’assécher le tronçon sans nuire aux enjeux humains présents sur le site (parcelles situées en amont), deux techniques ont alors été associées : un second batardeau, constitué de sacs d’argile, a permis de dériver une partie du débit, et des pompes ont évacué le débit restant.

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Système de pompage installé dans le cadre
de la mise hors d’eau du tronçon

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Batardeau métallique

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Mise hors d’eau du tronçon
II. Démolition du seuil des Moulineaux et de la passe à poissons
Le seuil et la passe à poissons, devenus obsolètes, ont été déconstruits. Les massifs en béton et les madriers du seuil ont été retirés, et le mur bajoyer en rive droite de la passe a été découpé. En raison de la vulnérabilité du site (présence du bâti ancien), l’ensemble des opérations a été réalisé avec des techniques légères (scie à béton, marteau-piqueur), tout engin lourd susceptible de fragiliser les maçonneries voisines par vibration a été proscrit.

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Démolition de l’ouvrage hydraulique

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Chambre de l’ancienne turbine
III. Aménagement de cinq pré-barrages en enrochements maçonnés
Six pré-barrages en enrochements maçonnés ont été implantés en succession sur le cours de la Mue. Chaque ouvrage a été dimensionné pour répondre aux exigences de l’espèce migratrice la plus contraignante, l’Anguille européenne.

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Accès aux pré-barrages

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Vue des pré-barrages en cours de réalisation (

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Finalisation des cinq pré-barrages sur le tronçon de la Mue (23/07/2025)
IV. Reprise des maçonneries existantes et confortement de la berge
Les maçonneries dégradées des murs existants ont été reprises sur une trentaine de mètres linéaires, au niveau de l’ouvrage de décharge et de l’ancienne passe. En parallèle, la berge en rive gauche de la Mue, en aval du pont communal, a fait l’objet d’une protection en génie mixte sur 20 ml : terrassement, pose d’enrochements libres associés à de la terre végétale, recouvrement par un géotextile biodégradable en fibre de coco, puis ensemencement.

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Reprise des berges à l’aval de l’ouvrage

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Protection de berge
V. Mise en eau, adaptation à l’existant et remise en état du site
Un accès rustique a été aménagé pour faciliter l’entretien futur des ouvrages. Le site et ses accès ont enfin été remis en état, et un plan de récolement a été réalisé par un géomètre-expert.

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Mise en eau du site, après travaux
Résultats

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Vue amont de l’ancien seuil de dérivation, après travaux (27/08/2026)

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Vue aval de l’ancien seuil de dérivation, après travaux (27/08/2026)
Le montant total du projet s’élève à 124 299,20 € TTC.
Il a été financé à :
La maîtrise d’oeuvre conception et exécution a été réalisée par le bureau d’études ICEO.
Les travaux ont été réalisés par l’entreprise Lafosse et Fils.



