
Fleuve côtier emblématique du Calvados, la Seulles compte encore de nombreux ouvrages hérités de son passé meunier. Sur les communes de Carcagny et de Nonant, le seuil de répartition du moulin de la Butte, très dégradé et difficilement franchissable, freinait la migration des poissons tout en provoquant un remous hydraulique sur plusieurs centaines de mètres. Face à ce constat, la Fédération du Calvados pour la Pêche et la Protection du Milieu Aquatique a porté un projet de suppression de l’ouvrage, tout en maintenant, grâce à un pompage, l’alimentation en eau du bief, que les propriétaires du site désirent pérenniser et mettre en valeur.
Contexte
La Seulles est un fleuve côtier qui parcourt 74,4 km dans le département du Calvados avant de se jeter dans la Manche. Cours d’eau salmonicole, elle accueille dans son lit plusieurs espèces de poissons migrateurs : l’Anguille européenne (Anguilla anguilla), le Saumon atlantique (Salmo salar), la Truite fario (Salmo trutta fario) et la Truite de mer (Salmo trutta trutta).
Au droit du moulin de la Butte, sur les communes de Carcagny et de Nonant, le complexe hydraulique comprenait de l’amont vers l’aval :

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Vue aérienne et fonctionnement du complexe hydraulique sur la Seulles, entre Carcagny et Nonant

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Seuil de répartition du moulin de la Butte

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Buse de franchissement

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Ouvrage de décharge n°1

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Ouvrage de décharge n°2
Le moulin présent sur ce site ne fonctionnait plus, mais son bief restait alimenté lorsque le niveau de la Seulles le permettait, et continuait d’être valorisé par les propriétaires dans le cadre d’une activité de location de gîtes.
Plusieurs constats techniques relevés sur le complexe hydraulique ont néanmoins motivé une intervention :
Localisation
Le site d’intervention se situe sur la partie aval de la Seulles, à cheval sur les communes de Carcagny et de Nonant.
Le porteur du projet, la Fédération du Calvados pour la Pêche et la Protection du Milieu Aquatique, a assuré la maîtrise d’ouvrage des études et des travaux de restauration de la continuité écologique sur ce site, en lien avec les propriétaires riverains.

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Localisation du site des travaux
Objectifs
Le projet visait à restaurer la continuité écologique de la Seulles au droit du moulin de la Butte, en préservant les usages du site.
Les objectifs retenus étaient les suivants :
Après étude de plusieurs scénarios d’intervention, il a été décidé de supprimer totalement l’ouvrage tout en permettant l’alimentation continue du bief toute l’année, via un système de pompage.
Actions réalisées
📅 Calendrier des travaux
Après une période de préparation de 4 semaines, les travaux ont débuté le 22 septembre 2025 et se sont achevés le 28 novembre 2025, soit environ 10 semaines d’intervention.
Des travaux de reprise ont été réalisés en janvier 2026. Des radeaux végétalisés ont été installés le 8 avril 2026.
I. Travaux préparatoires
L’acheminement des engins et des matériaux sur le site était délicat : la seule route d’accès traverse un village aux rues très étroites. En accord avec les services de l’État et le propriétaire des parcelles concernées, il a donc été décidé d’accéder au site par la rive gauche. Deux passages busés temporaires ont été installés pour franchir la Seulles. Ils étaient dimensionnés pour garantir le bon écoulement des eaux, même en cas de forte hausse de débit.
La mise hors d’eau s’est déroulée en deux phases, précédées d’une pêche de sauvetage réalisée par la Fédération de pêche sur l’ensemble du tronçon concerné.
- Phase 1 : le bras naturel. Un batardeau (barrage provisoire) en argile a été installé juste en amont du seuil. Il a permis de faire transiter tout le débit par le bief, puis par le canal de décharge.
- Phase 2 : le bief. Une fois ces travaux terminés, les débits ont été basculés vers le bras naturel et le batardeau a été déplacé à l’entrée du bief.

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Passage busé provisoire

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Batardeau

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Mise hors d’eau du bief

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Mise hors d’eau du bras naturel
II. Travaux sur le bras naturel de la Seulles
a. Suppression du seuil
Le seuil de répartition a été entièrement supprimé. Les matériaux graveleux du lit ont d’abord été décapés et stockés, puis redéployés pour recréer un radier en lieu et place de l’ancien seuil. Les matériaux inertes (béton) ont été réservés au remblaiement du bief.
Le pertuis de l’ouvrage hydraulique a été conservé afin de ne pas aggraver le risque d’inondation. Les vannes de décharge amont, bien que dégradées, ont été levées au maximum et conservées comme témoins de l’histoire du site. La partie basse des montants métalliques a été retirée afin d’éviter l’accumulation d’embâcles lors des crues.
Le profil en long et en travers du cours d’eau a été remodelé sur environ 35 m. Les berges ont également été retalutées au niveau des points d’ancrage de l’ouvrage.

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Seuil de répartition avant travaux (en rouge, la partie supprimée)

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Vannage de décharge amont, dont les vannes ont été levées au maximum

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Radier recréé à l’emplacement de l’ancien seuil
b. Réfection de la berge en rive gauche, en aval du seuil
Les blocs de béton et divers « déchets » disposés en protection de la berge concave du méandre ont été retirés. Les blocs de béton ont été concassés et stockés pour être réutilisés en remblaiement du bief.
La berge a ensuite été reprofilée selon une morphologie plus naturelle, puis aménagée en génie mixte sur 20 ml. Deux rangées d’enrochements ont été mises en place en pied de berge. Le haut de la berge a été retaluté en pente douce, puis recouvert d’un géotextile biodégradable en fibres de coco, afin de maintenir la terre avant l’ensemencement. Des plantations d’essences locales et adaptées au site ont enfin été installées afin de diversifier les habitats de berge.
Une buse collectant les eaux d’un fossé a également été prolongée.

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Protections de berge avant travaux, en rive gauche en aval du seuil (en rouge, les éléments retirés)

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Berges reprofilées et aménagées en génie mixte (enrochements et banquettes végétales)
III. Travaux sur le bief
a. Remblaiement et nivellement du bief
Le bief n’étant plus alimenté directement par la Seulles, il n’était plus nécessaire de le conserver dans son intégralité. En accord avec les propriétaires, il a donc été décidé de combler la partie comprise entre le vannage de décharge (ouvrage n°1) et la première passerelle, soit environ 40 m. Cette réduction de volume diminue le temps de séjour des eaux pompées, et donc les risques d’altération de leur qualité.
Le tronçon à combler a d’abord été curé. Les matériaux issus de la démolition du seuil et de la buse en aval du bief, ainsi que les anciennes protections de berge, ont ensuite été disposés au fond. Le remblai a été complété avec des matériaux d’apport de granulométrie 80/200 mm. Pour éviter le colmatage de cette couche, 10 cm de matériaux 20/80 mm ont été déposés par-dessus. Le reste du comblement a été réalisé avec des matériaux gravelo-terreux. Les produits de curage, une fois ressuyés, ont servi de couche de surface.
Sur la partie du bief conservée, fortement envasée, le curage a été mené jusqu’au fond dur. La partie amont a été nivelée avec des matériaux graveleux, afin d’obtenir un profil en long homogène.

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Curage et comblement du bief
b. Régulation du niveau d’eau du bief
Une vanne guillotine et un batardeau amovible, constitué de bois et d’argile, ont été installés au niveau de l’ancien ouvrage usinier. Ce dispositif permet de maintenir un niveau constant dans le bief, tout en permettant de le vidanger si besoin.
L’échancrure de l’ouvrage n°2 a également été comblée avec du béton afin d’obtenir la hauteur d’eau souhaitée.

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Vanne guillotine installée pour maintenir le niveau d’eau dans le bief

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Ouvrage de décharge n° 2 après comblement de l’échancrure
c. Suppression de la buse de sortie du bief
Les modélisations hydrauliques et l’observation des laisses de crue ont montré que la buse de sortie du bief aggravait les inondations. Elle a donc été supprimée, ainsi que son habillage en parpaings. Ces deux éléments ont été grossièrement concassés puis avec les matériaux gravelo-terreux déblayés, triés et stockés pour être réutilisés sur le site.
La sortie du bief a ensuite été terrassée afin d’assurer la continuité du profil en long et du profil en travers avec la Seulles.
d. Installation d’une passerelle piétonne
Pour maintenir le passage au-dessus de la partie aval du bief, une passerelle piétonne de 1,2 m de large a remplacé la buse. Elle est constituée de poutrelles métalliques (profilés IPN) reposant sur des culées en béton et recouvertes d’un platelage en chêne. Le rainurage des planches limite les risques de glissade, et des garde-corps latéraux sécurisent le passage.

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Passerelle piétonne installée à l’aval du bief

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Passerelle piétonne au printemps 2026
e. Installation de clapets anti-retour
La buse recueille les eaux pluviales au point bas du chemin et les évacue vers le bief du moulin. Quand le niveau du bief est élevé, l’eau peut toutefois remonter dans la buse et inonder ce point bas, où se situe aussi une partie du moulin. Un clapet anti-retour a donc été installé à la sortie de la buse, afin d’empêcher l’eau du bief de refouler.
Deux autres buses, dont celle provenant du dispositif d’assainissement non collectif, ont également été équipées avec des clapets anti-retour.
f. Installation de radeaux végétalisés
L’alimentation du bief par une pompe solaire devrait réduire fortement son envasement. Le faible débit autorisé (8 m³/h) et la forte teneur en nitrates de l’eau peuvent toutefois favoriser l’eutrophisation, surtout en période de fortes chaleurs. Pour limiter ce risque, des radeaux végétalisés ont été installés dans le bief. Ils assurent une phytoépuration en absorbant l’excès de nutriments, servent de support à la biodiversité locale et contribuent à la valorisation du paysage.

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Radeau végétalisé installé sur le bief
IV. Alimentation du bief par une pompe solaire
Pour préserver l’alimentation continue du bief malgré l’abaissement de la ligne d’eau de la Seulles (suppression du seuil), un dispositif de pompage a été installé.
L’eau est prélevée dans la nappe d’accompagnement de la Seulles. Pour cela, trois drains de 300 mm ont été posés sous une partie du lit mineur de la rivière, ainsi que sous la berge. La section située sous la berge a été enrobée d’environ 30 cm de matériaux drainants, puis recouverte d’un géotextile en fibres de coco.
Pour connecter les drains, accueillir la pompe et permettre l’entretien du système, un puisard (puits de pompage) de 1 000 mm de diamètre a été installé sur une profondeur de 4 m. Il est équipé d’échelons pour descendre en sécurité jusqu’au fond. Ce puisard en acier inoxydable est perforé dans sa moitié inférieure, ce qui permet à l’eau de la nappe d’y entrer, et plein dans sa moitié supérieure. Des matériaux drainants ont été disposés sur environ 30 cm autour de la partie perforée. L’ensemble a été remblayé avec des matériaux gravelo-terreux, puis, en surface, avec de la terre végétale jusqu’au niveau du terrain naturel.
Une pompe délivrant un débit de 8 m³/h en sortie de tuyau a été installée au fond du puisard.
Pour alimenter la pompe en électricité et remplir le bief, deux tranchées ont été creusées.
Chaque réseau a ensuite été posé dans sa tranchée, protégé par une gaine, des matériaux d’enrobage et un grillage avertisseur.
Des panneaux photovoltaïques ont été installés. Reliés à un contrôleur et à un bloc d’alimentation, ils alimentent la pompe, qui peut aussi être raccordée au réseau électrique.

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Chantier d’installation du système de pompage

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Puisard en acier inoxydable avant sa mise en place
V. Travaux connexes
En rive droite du bief, les peupliers vieillissants ou menaçant de tomber en direction du moulin ont été abattus et remplacés par une haie bocagère.
En amont de l’ancien seuil de répartition, des poteaux en béton implantés dans le lit mineur ont été retirés depuis la berge.

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Haie bocagère plantée en rive droite du bief

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Poteaux dans le lit mineur, en amont de l’ancien seuil, avant retrait
Résultats

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Partie aval du bief après travaux, avec un radeau végétalisé

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Partie amont du bief après travaux, avec un radeau végétalisé

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Berge en rive gauche, en aval de l’ancien seuil, après travaux

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Emplacement de l’ancien seuil de répartition, après suppression
Le coût du projet s’élève à 155 171,61 € TTC.
Il a été financé à :
La maîtrise d’oeuvre conception/exécution a été confiée au bureau d’études MNEAU.
Les travaux ont été entrepris par l’entreprise Lafosse et Fils.



