Restauration d’une frayère à brochet sur l’Ile au Noyer (76)

Pour se reproduire, le brochet a besoin de zones humides ; ce sont des annexes latérales au cours d’eau. Ces zones doivent être d’une hauteur d’eau inférieure à un mètre, riches en végétation aquatique ou semi aquatique et inondables de février à juin pour permettre la frai (ponte des œufs des poissons) et le développement des alevins de l’espèce. La reproduction du brochet est donc fonction de l’accès et de la fonctionnalité des zones humides.

Sur la Seine, à cause de nombreux travaux visant à favoriser la navigation, ces annexes ont largement été détruites ou ont perdu leur fonctionnalité. Cela a entraîné une forte baisse de l’abondance du brochet sur le fleuve, triste constat pour une espèce classée « vulnérable » sur la liste UICN nationale.

L’île au Noyer est une prairie inondable de 8500m² annexe à la Seine. A la fin des années 1990, les pêcheurs constataient sur le site un taux important de mortalité de la faune piscicole et plus particulièrement du brochet. En effet, les géniteurs rejoignaient le site lorsque les crues étaient importantes et se retrouvaient piégés du fait d’une mauvaise connexion entre le cours d’eau principal et l’annexe, ce qui induisait la mort des individus piégés.

Afin de limiter cette mortalité, également pour restaurer une zone favorable à la reproduction du brochet ainsi qu’à l’accueil de la biodiversité, la Fédération de Pêche et de Protection des Milieux Aquatiques de la Seine Maritime a entrepris des travaux d’aménagement du site de l’île au Noyer.

QUELS TRAVAUX ONT été ENTREPRIS ?

2000 – 2001 :

  • Profilage du fond de la parcelle en pente douce (nivellement du terrain).
  • Création d’un fossé central afin d’assurer la dévalaison des géniteurs et des alevins.
  • Création d’une passerelle pour l’accès aux jardins ouvriers.
  • Installation d’un ouvrage fixe permettant le contrôle du niveau des eaux. Cet ouvrage permet d’avoir une surface de 8500m² de prairie inondée.
  • Création d’un fossé de liaison jusqu’au fleuve.

2005 :

  • Réparation de l’ouvrage car il risquait de se briser à cause d’un phénomène d’érosion interne.

C’est la Fédération qui assure la gestion du site (fermeture et ouverture des vannes) pour éviter l’exondation des œufs de brochet, c’est à dire, pour éviter que les œufs ne se retrouvent hors de l’eau.

COMBIEN çA COÛTE ?

Le montant de l’opération s’élève à 31 636,37 € HT. Le Conseil Supérieur de la Pêche (OFB aujourd’hui), la DREAL, le Conseil départemental de la Seine Maritime, les Voies Navigables de France, la communauté d’agglomération Elbeuf Boucle de Seine et la Fédération ont financé les travaux.

ET APRèS ?

Afin d’évaluer l’efficience des travaux et la fonctionnalité de la frayère restaurée, un suivi annuel a été mis en place. C’est d’abord l’ONEMA (aujourd’hui OFB) qui a assuré ce suivi de 2006 à 2008, puis la Fédération de 2009 à 2015.  Ce suivi annuel permet aussi d’adapter la gestion du site en fonction des variations inter-annuelles des facteurs environnementaux.

Pour le suivi, un échantillonnage par trait d’épuisette de la ponte des brochets, de la macrofaune benthique et du plancton a été effectué. La macrofaune benthique et le plancton sont particulièrement importants car ils représentent la ressource alimentaire des alevins. S’ils sont suffisamment présents, ils limitent le cannibalisme chez les brochetons et permettent leur développement.

Il a aussi été fait état de la température, de la charge en matières en suspension (qui peuvent être un frein à l’éclosion des œufs) et de l’état de submersion de la frayère (qui dépend du débit de la Seine et des coefficients de marées). La combinaison d’un débit élevé et d’un coefficient de marée fort va favoriser la surverse. Ce phénomène est très important car il permet aux géniteurs de rejoindre la frayère puis de la quitter. Il maintient aussi un niveau d’eau suffisant et régule la température de la frayère, ce qui limite l’exondation des œufs et favorise le développement des alevins. Enfin, il permet aux brochetons de rejoindre le cours d’eau principal, lorsqu’ils seront prêts.

Ce suivi de 10 ans montre la fonctionnalité de la frayère, avec au moins une ponte par an, même lorsque les conditions n’étaient pas exceptionnelles. En 2013 par exemple, un acte de vandalisme (ouverture précoce de la vanne) a entraîné le dénoyage de la frayère et l’exondation des œufs issus d’une première ponte. Néanmoins, après fermeture de la vanne par la Fédération, il y a eu une nouvelle ponte. D’autres années, comme en 2014 où il y a eu trois pontes car les conditions étaient très favorables.

L’opération est donc un succès par rapport à son objectif premier : la restauration d’une frayère pour la reproduction du brochet. Mais c’est aussi un succès pour la biodiversité. Chaque année, de nombreuses autres espèces de poissons, d’amphibiens et d’oiseaux sont observées sur le site.

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