
Saumon, truite de mer, anguille : pendant des années, le seuil de la pisciculture de Valjoie a stoppé leur remontée du Beuvron. En effaçant cet ouvrage et la digue de l’étang de Goutelle, la Fédération de pêche de la Manche a restauré près d’un tiers de la continuité écologique du cours d’eau.
Contexte du projet
Un affluent normand à forts enjeux écologiques !
Affluent de rive gauche de la Sélune, le Beuvron est un cours d’eau normand long d’environ 31 km. Il prend sa source dans le département d’Ille-et-Vilaine, sur la commune de Parigné (165 m d’altitude), puis serpente à travers le bocage et les zones agricoles du sud-Manche avant de rejoindre la Sélune, entre Poilley et Saint-Aubin-de-Terregatte, à 9 mètres d’altitude.
Le Beuvron est classé en 2ᵉ catégorie piscicole. Ses eaux calmes abritent principalement des espèces de cyprinidés (gardon, chevesne, brème, carpe) ainsi que le brochet. Sur certains secteurs plus frais et oxygénés, on observe ponctuellement la présence de migrateurs salmonidés, tels que la Truite de mer (Salmo trutta trutta) ou le Saumon atlantique (Salmo Salar). Au titre de l’article L.214-17 du Code de l’environnement, le Beuvron figure sur la liste 2. Ce classement impose que « tout ouvrage présent sur le cours d’eau doit y être géré, entretenu et équipé afin d’assurer la libre circulation des poissons migrateurs et des sédiments ». Cet enjeu s’inscrit pleinement dans les politiques publiques de restauration de la continuité écologique mises en œuvre sur le bassin de la Sélune.
Le seuil de Valjoie : un obstacle pour les migrateurs amphihalins
Au niveau de la commune de Montjoie-Saint-Martin, le seuil de la pisciculture de Valjoie constituait depuis longtemps un obstacle majeur pour les migrateurs amphihalins (espèces alternant entre eau douce et eau salée au cours de leur cycle de vie).
Les suivis pluriannuels de l’indice d’abondance en juvéniles de saumon atlantique ont révélé que l’obstacle a bloqué la remontée des poissons de façon permanente entre 2001 et 2015. Seules les crues exceptionnelles de 2000 avaient permis un passage ponctuel. Les lamproies diadromes, l’anguille européenne et la truite de mer étaient elles aussi confrontées à cette même barrière.
Outre son effet sur les migrations piscicoles, l’ouvrage hydraulique provoquait des dysfonctionnements sédimentaires sur près de 2 km en aval. La raréfaction des matériaux grossiers mobilisables entraînait une banalisation des écoulements.
En octobre 2015, un bras de contournement temporaire a été creusé rapidement afin de rétablir la continuité écologique en urgence, dans l’attente du retrait définitif de l’ouvrage et de la restauration complète du lit. Efficace pendant 15 mois, cette solution a montré ses limites au cours de l’hiver 2016-2017. Le travail d’érosion dans ce chenal, peu stabilisé, a provoqué en effet l’affouillement d’anciennes fondations, entraînant la réapparition d’un nouveau seuil dans le lit provisoire. Ce seuil est identifié comme prioritaire pour l’anguille européenne, car il bloque significativement les migrations de l’espèce.
Face à ce constat, la Fédération de la Manche pour la Pêche et la Protection du Milieu Aquatique a engagé un projet ambitieux : l’effacement du seuil et la réhabilitation de l’ensemble du site de production en zone humide. L’objectif principal était de pérenniser les premiers résultats morphologiques et biologiques obtenus depuis l’acquisition du site.

© FDAAPPMA 50
Seuil de la pisciculture de Valjoie

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Bassins de grossissement de la pisciculture de Valjoie, avant les travaux
Des travaux complémentaires : la restauration du ruisseau de Goutelle et de son plan d’eau
Émissaire pentu de rive droite du Beuvron, le ruisseau de Goutelle était autrefois capté par un plan d’eau servant de pêcherie commerciale. Une étude menée en 2013 a mis en évidence un fort potentiel pour l’installation de frayères à truite fario. Cependant, à l’exception de quelques tronçons préservés, le lit du cours d’eau apparaissait fortement altéré et densément cloisonné.
La remise en eau du plan d’eau, vendu à la Fédération de pêche et livré vidangé, n’était pas envisageable. Il a ainsi été décidé de restaurer le ruisseau sous l’emprise du plan d’eau et de redonner ses pleines fonctionnalités écologiques à la zone humide par l’effacement de la digue. Cette opération permettait d’apporter une continuité géographique et physico-chimique à la restauration du Beuvron.

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Étang de Goutelle vidangé
Objectifs du projet
Le projet de restauration du Beuvron et du ruisseau de Goutelle visait à répondre à plusieurs enjeux majeurs :
Actions réalisées
Les travaux se sont déroulés de novembre 2017 à avril 2018.
1. Pisciculture de Valjoie
➤ Désamiantage et désindustrialisation du site.
➤ Entretien de la ripisylve.
➤ Démolition et évacuation du seuil, des bâtiments, des bassins en béton et des dalles présents sur le site.
➤ Décaissement de la berge droite du Beuvron.

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Démolition des bassins en béton et de l’écloserie

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Zone humide de Valjoie après suppression de la pisciculture

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Nivellement des berges et de la zone humide
2. Ruisseau et plan d’eau de Goutelle
➤ Décapage et retraits des aménagements routiers existants ainsi que d’un local buvette.
➤ Abattage d’une centaine de résineux adultes sur le pourtour de l’étang.
➤ Ouverture de la digue dans le profil de la vallée.
➤ Aménagement de chemins de bordure avec passerelles.
➤ Plantations d’arbres.

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Construction de passerelles sur le chemin de pourtour de la zone humide
Résultats


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Lit du Beuvron à l’emplacement du seuil de répartition de la pisciculture de Valjoie,avant et après les travaux


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Bassins de croissance et écloserie vus depuis les berges droites,
avant les travaux et 1 mois après


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Vue vers le nord-est de la pisciculture, avant et après les travaux


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Extrémité aval du bief d’amenée de la pisciculture de Valjoie, avant et après les travaux
Gains écologiques

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Vue aérienne du site restauré de Valjoie, 4 mois après les travaux
Le coût total du projet s’est élevé à 724 715 € TTC.
Il a été financé à :
